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Marcher pour prendre de bonnes décisions

Certaines décisions résistent à l'analyse rationnelle. On fait le tableau des pour et des contre, on consulte des collègues, et pourtant rien ne se dégage.

Quand une décision résiste à l'analyse classique, il est peut-être temps de changer de méthode.

La marche peut être bien plus qu’un moment de détente. Utilisée avec méthode, elle devient un outil de décision particulièrement efficace pour débloquer les situations complexes. Chiara Kirschner, consultante en gestion de carrière, a théorisé cette approche dans son livre Marcher pour décider (Vuibert, 2025). Elle propose une technique en trois étapes, applicable aux décisions managériales les plus variées.


Pourquoi la marche aide à décider

Quand on réfléchit assis à son bureau, on active toujours les mêmes circuits de pensée. Le même raisonnement produit les mêmes conclusions. Le contexte reste identique et donc la réflexion reste enfermée dans un cadre mental et physique fixe.

Marcher change cette dynamique. Le mouvement stimule la pensée différemment. L'environnement change en permanence, ce qui force le cerveau à sortir de ses schémas habituels. Les idées circulent autrement. Des associations inattendues se font.

Cette technique fonctionne particulièrement bien pour certains types de décisions : les choix entre deux options également défendables (réorganisation, recrutement, arbitrage budgétaire), les décisions qui nécessitent de sortir des logiques habituelles (innovation, repositionnement stratégique), ou les situations où l'intuition compte autant que l'analyse (feedback délicat, gestion de conflit, évaluation d'un profil atypique).


La méthode en trois étapes

1. Choisir son itinéraire sans le planifier

Contrairement à une randonnée, la marche de décision ne se prépare pas avec un parcours tracé. L'idée est justement de laisser place à l'imprévu, aux détours, aux changements de direction. On peut marcher en ville, en forêt, dans un parc, le long d'un canal. L'important n'est pas le décor, mais la variété des stimuli.

La durée dépend de la nature de la décision. Pour lever un doute ou confirmer une intuition : quinze à trente minutes suffisent. Pour une décision stratégique ou un changement important : prévoir une à deux heures. Il ne s'agit pas de marcher vite ou d'atteindre une performance physique. L'effort doit rester modéré pour que l'attention puisse se porter sur l'environnement.

2. Poser sa question avec précision

Avant de démarrer, il faut formuler clairement la décision à prendre sous forme d’une question précise. "Dois-je recruter ce profil atypique ou chercher un profil plus classique ?" plutôt que "Comment gérer mon recrutement ?"

Une fois en marche, l'exercice consiste à accueillir les signes extérieurs qui attirent l'attention. Ces éléments surgissent du décor sans qu'on les ait cherchés. Certains nous interpellent plus que d'autres.

Il peut être intéressant de se demander simplement : "Pourquoi celui-ci m'a frappé ?"

3. Activer sa créativité

La marche de décision ne repose pas sur la rationalité pure. Elle mobilise la créativité pour interpréter les signes observés. Ces signes fonctionnent comme des métaphores, des analogies, des associations d'idées. Ils révèlent des angles de vue qu'on n'avait pas envisagés.

Il ne s'agit pas de forcer une interprétation, mais de laisser émerger les connexions. Si un signe ne fait pas écho à la question, on passe au suivant. Si plusieurs signes convergent vers une même direction, c'est souvent révélateur.

La réponse ne vient pas toujours pendant la marche. Parfois, elle se décante dans les heures ou les jours qui suivent.


Conseils pratiques

Planifier des créneaux dédiés. Bloquer une heure dans l'agenda une fois par semaine, ou dès qu'une décision importante se présente. Considérer ce temps comme une réunion avec soi-même, non négociable.

Consigner les observations immédiatement. Photos, notes vocales, mots-clés dans un carnet. L'interprétation peut venir plus tard, mais il faut capturer les signes sur le moment.

Passer de l'insight à l'action concrète. La marche produit des clarifications, pas des plans d'action complets. Une fois la direction trouvée, traduire cette intuition en étapes concrètes dans les jours qui suivent.

Ne pas forcer l'interprétation. Si aucun signe ne fait écho, ce n'est pas grave. Parfois, la marche sert juste à aérer l'esprit. L'important est de rester ouvert, pas de plaquer artificiellement un sens sur n'importe quel détail.


Conclusion

La marche de décision ne remplace pas l'analyse rationnelle, les données chiffrées, les consultations d'équipe. Elle intervient quand ces outils ont été utilisés et qu'on reste bloqué. Elle ouvre un autre registre de réflexion, plus intuitif, plus créatif, moins contraint par les schémas habituels.

La prochaine fois qu'une décision résiste à l'analyse classique, au lieu de convoquer une énième réunion ou de refaire le même tableau, essayez : une heure de marche, une question précise, et l'attention portée à ce qui vous entoure.

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