La concentration est souvent traitée comme un problème d'organisation : trop de réunions, trop de notifications, trop d'interruptions. C'est vrai. Mais il y a un angle mort que peu d'entreprises regardent encore : ce qui se passe dans le corps pendant une journée de travail.
Les données convergent. La sédentarité prolongée n'altère pas directement la concentration: elle la fragilise, lentement, via la fatigue mentale, le stress et la dégradation du sommeil. Et dans les environnements hybrides ou full remote, ce phénomène s'intensifie : plus de trajet, plus de passages entre les salles, plus de mouvements naturels. Des journées entières sans bouger, sans que personne ne le remarque, jusqu'à ce que ça devienne un arrêt.
Sédentarité et concentration : ce que montrent les données
Ce que vivent les salariés
- Pour 1 actif sur 2, le manque de mobilité au travail impacte directement la concentration, autant que la santé et le stress.
- 71 % des salariés jugent leur routine professionnelle trop sédentaire.
- 67 % pratiquent pourtant une activité physique en dehors du travail.
Ce dernier chiffre est important. La sédentarité au travail n'est pas une question de mode de vie: c'est une question de design du travail. La structure même des journées empêche le mouvement : réunions consécutives, postes fixes, écrans omniprésents.
Ce que dit la recherche
Les études expérimentales identifient trois effets principaux des longues périodes en position assise :
- une augmentation de la fatigue mentale,
- une baisse de vigilance,
- une dégradation de certaines fonctions exécutives, notamment l'attention soutenue.
Ces effets sont réversibles, mais ils s'accumulent. Et ils ne passent pas inaperçus dans une journée de travail à forte charge cognitive.
Rompre régulièrement la posture assise par du mouvement léger peut améliorer à court terme la vigilance, le temps de réaction et certaines dimensions de l'attention. À l'inverse, passer de la chaise au bureau debout sans se déplacer ne produit pas les mêmes effets.
La distinction est nette : c'est le mouvement qui compte, pas la position.
Ce qu'il faut connaître
La concentration n'est pas uniquement une fonction cognitive. C'est un phénomène systémique, sensible à l'état de fatigue, au niveau de stress et à la dynamique corporelle de la journée.
L'enjeu n'est pas d'améliorer spectaculairement les performances, c'est de prévenir leur érosion progressive dans le travail cognitif prolongé.
Plus de mouvement au travail est associé à –25 % de fatigue et +15 % de concentration.
Ce qu'on peut faire concrètement
Pour les salariés : intégrer le mouvement sans changer son rythme
Pas besoin de sortir faire une marche de 30 minutes pour en ressentir les effets. Les données montrent que des micro-mouvements réguliers intégrés dans la journée de travail suffisent à modifier le score de sédentarité — et l'état de fatigue qui va avec.
La règle des 90 minutesNe pas rester assis plus de 60 à 90 minutes consécutives. Pas besoin de chronomètre : un appel téléphonique debout, une question posée en marchant jusqu'au bureau du collègue, un verre d'eau au bout du couloir. La fréquence compte plus que la durée.
Transformer les appels en mouvementLes appels sans vidéo sont une opportunité sous-exploitée. Se lever, marcher lentement dans la pièce, sortir sur le balcon ou dans le couloir : même 5 minutes de mouvement léger suffisent à interrompre le cycle d'immobilité.
Rituels d'équipe : la pause active courte2 à 3 minutes d'étirements ou de mobilisation articulaire en début ou en fin de réunion d'équipe. Ce n'est pas une séance de sport, c'est un signal collectif que bouger pendant le temps de travail est légitime. C'est souvent là que tout commence.
Pour les équipes en remote : recréer les transitionsLe trajet domicile-bureau créait naturellement du mouvement. En remote, ces transitions n'existent plus. Les remplacer intentionnellement par une courte marche avant de commencer la journée, une pause physique après le déjeuner permet de recréer des ruptures que le corps attend.
En résumé
- La sédentarité fragilise la concentration via la fatigue mentale et le stress accumulés, pas directement, mais sûrement.
- Le mouvement qui compte n'est pas sportif : c'est la fréquence des interruptions de la posture assise pendant la journée de travail.
- Le frein principal n'est pas la motivation individuelle, c'est une représentation culturelle qui associe immobilité et efficacité intellectuelle.
- Les entreprises qui repensent le rythme et le mouvement dans leurs journées de travail réduisent la fatigue, l'absentéisme et les risques de burn-out sur le long terme.
La concentration n'est pas un problème de volonté. C'est un problème de design du travail.
Sources
- World Health Organization. Guidelines on physical activity and sedentary behaviour. WHO, 2020.
- Rapport EGYM Wellpass 2026 : Travail vs Santé : Et si on arrêtait de choisir ?
- Avis de l’Anses Saisine n° 2025-SA-0031