Une journée chargée, six réunions en visio, et une fatigue en fin de journée qui ne correspond pas tout à fait à ce que vous avez fait : c'est le quotidien d'une partie croissante des télétravailleurs et le signe d'un problème de conception.
Quand on travaille dans des locaux, la journée est ponctuée de déplacements involontaires : rejoindre une salle de réunion, aller chercher un document, passer dans le couloir, croiser un collègue. Ces micro-mouvements ne ressemblent à rien de spectaculaire. Mais ils structurent physiologiquement la journée.
En télétravail, la plupart disparaissent. On reste dans le même espace, sur le même siège, parfois pendant plusieurs heures sans interruption. Les études menées depuis 2020 montrent une augmentation du temps assis quotidien de l’ordre de 2 à 3 heures chez les télétravailleurs, portant les niveaux totaux au-delà de 9 à 11 heures par jour pour une partie significative de la population active. Ce n’est pas le télétravail en soi qui pose problème. C’est le fait de copier-coller une organisation pensée pour un espace physique dans un contexte qui a supprimé ses régulations naturelles.
La distinction entre : le temps assis total et l’accumulation de périodes assises sans interruption est centrale dans la recherche actuelle.
Une revue systématique portant sur plus de 47 études montre que le temps sédentaire prolongé est associé à une surmortalité et àdes risques métaboliques accrus indépendamment du niveau d’activité physique.
Courir le matin ne neutralise pas neuf heures consécutives d’immobilité. Ce phénomène est souvent décrit comme celui de l’active couch potato : un individu actif… mais assis la majorité de sa journée. Les données d’Ekelund et al. suggèrent qu’il faudrait 60 à 75 minutes d’activité modérée quotidienne pour atténuer significativement le risque associé à un temps assis élevé, un niveau bien supérieur aux recommandations habituelles.
La vraie question devient : à quelle fréquence cassez-vous vos périodes assises ?
Les essais de Dunstan et al. montrent que : 2 minutes de marche légère toutes les 30 minutes suffisent à améliorer la régulation glycémique et la vigilance.
Ce n’est pas une question d’intensité. C’est une question de régularité.
Le NEAT (Non-Exercise Activity Thermogenesis) désigne l’ensemble des dépenses énergétiques du quotidien hors sport :
Marcher
Monter des escaliers
Se lever
Bouger en parlant
Selon les travaux de James Levine (Mayo Clinic), il peut représenter 15 à 50 % de la dépense énergétique journalière totale. En télétravail, il s’effondre : plus de déplacementsn, moins d’interactions physiques et moins de raisons de se lever
Ce n’est pas anecdotique. Le NEAT joue un rôle dans :
La régulation de la glycémie
Le métabolisme lipidique
Les niveaux d’énergie perçue
David Thivel, co-directeur de la Chaire internationale de recherche “Santé en Mouvement” (Fondation Université Clermont Auvergne, soutenue par Assurance Prévention), insiste sur une distinction clé :
Ce sont deux problèmes distincts. La variabilité du mouvement dans la journée, alterner postures, intensités et déplacements, est au moins aussi importante que le volume total d’activité. Ces travaux fondent notamment la campagne nationale “Ma Santé en Mouvement”, qui traduit ces résultats en recommandations concrètes.
Les effets ne sont pas uniquement théoriques. Ils sont directement perceptibles.
L’immobilité prolongée ralentit la circulation sanguine et l’oxygénation cérébrale. 71 % des actifs estiment que leur routine contribue à la sédentarité, et une majorité l’associe à une fatigue accrue (Well Pass/YouGov, 2026).
Les interruptions de posture, même courtes, améliorent le maintien de la vigilance cognitive.
L’absence de variation posturale entraîne un aplatissement de l’énergie sur la journée.
Le mouvement participe à la régulation du cortisol. L’immobilité prolongée favorise l’accumulation de tension sans mécanisme de régulation physique.
Les leviers existent. Ils sont simples mais ils doivent être structurels.
Côté organisation :
Réunions de 25 ou 50 minutes plutôt que 30 ou 60
Éviter les visios enchaînées sans pause
Encourager les appels en marchant
Intégrer des pauses dans les agendas d’équipe
Côté individuel :
Se lever régulièrement (toutes les 30 à 60 minutes)
Utiliser les transitions comme moments de mouvement
Ne pas transformer toutes les pauses en temps écran
Aucun budget, mais un impact réel.
Le télétravail augmente le temps assis en supprimant les micro-mouvements naturels
L’activité physique ne compense pas une immobilité prolongée
Le NEAT joue un rôle clé dans l’énergie quotidienne
La fréquence des interruptions compte plus que leur durée
Les leviers sont organisationnels avant d’être individuels
Le problème n’est pas que vos équipes manquent de volonté. C’est que leur journée ne leur donne aucune raison de bouger.
Well Pass/YouGov, 2026 – Enquête santé au travail