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Sédentarité et télétravail : le problème n’est pas là où vous croyez

Rédigé par ankré | Apr 3, 2026 7:46:27 PM

Une journée chargée, six réunions en visio, et une fatigue en fin de journée qui ne correspond pas tout à fait à ce que vous avez fait : c'est le quotidien d'une partie croissante des télétravailleurs et le signe d'un problème de conception.

Le vrai problème : reproduire le bureau sans ses frictions

Quand on travaille dans des locaux, la journée est ponctuée de déplacements involontaires : rejoindre une salle de réunion, aller chercher un document, passer dans le couloir, croiser un collègue. Ces micro-mouvements ne ressemblent à rien de spectaculaire. Mais ils structurent physiologiquement la journée.

En télétravail, la plupart disparaissent. On reste dans le même espace, sur le même siège, parfois pendant plusieurs heures sans interruption. Les études menées depuis 2020 montrent une augmentation du temps assis quotidien de l’ordre de 2 à 3 heures chez les télétravailleurs, portant les niveaux totaux au-delà de 9 à 11 heures par jour pour une partie significative de la population active. Ce n’est pas le télétravail en soi qui pose problème. C’est le fait de copier-coller une organisation pensée pour un espace physique dans un contexte qui a supprimé ses régulations naturelles.

Ce que montrent les études

La distinction entre : le temps assis total et l’accumulation de périodes assises sans interruption est centrale dans la recherche actuelle.

Une revue systématique portant sur plus de 47 études  montre que le temps sédentaire prolongé est associé à une surmortalité et àdes risques métaboliques accrus indépendamment du niveau d’activité physique.

Courir le matin ne neutralise pas neuf heures consécutives d’immobilité. Ce phénomène est souvent décrit comme celui de l’active couch potato : un individu actif… mais assis la majorité de sa journée. Les données d’Ekelund et al. suggèrent qu’il faudrait 60 à 75 minutes d’activité modérée quotidienne pour atténuer significativement le risque associé à un temps assis élevé, un niveau bien supérieur aux recommandations habituelles.

La vraie question devient : à quelle fréquence cassez-vous vos périodes assises ?

Les essais de Dunstan et al. montrent que : 2 minutes de marche légère toutes les 30 minutes suffisent à améliorer la régulation glycémique et la vigilance.

Ce n’est pas une question d’intensité. C’est une question de régularité.

Le NEAT : la dépense énergétique invisible que le télétravail a supprimée

Le NEAT (Non-Exercise Activity Thermogenesis) désigne l’ensemble des dépenses énergétiques du quotidien hors sport :

  • Marcher

  • Monter des escaliers

  • Se lever

  • Bouger en parlant

Selon les travaux de James Levine (Mayo Clinic), il peut représenter 15 à 50 % de la dépense énergétique journalière totale. En télétravail, il s’effondre : plus de déplacementsn, moins d’interactions physiques et moins de raisons de se lever

Ce n’est pas anecdotique. Le NEAT joue un rôle dans :

  • La régulation de la glycémie

  • Le métabolisme lipidique

  • Les niveaux d’énergie perçue 

David Thivel, co-directeur de la Chaire internationale de recherche “Santé en Mouvement” (Fondation Université Clermont Auvergne, soutenue par Assurance Prévention), insiste sur une distinction clé :

  • Inactivité physique = absence d’exercice
  • Comportement sédentaire = accumulation de périodes immobiles. 

Ce sont deux problèmes distincts. La variabilité du mouvement dans la journée, alterner postures, intensités et déplacements, est au moins aussi importante que le volume total d’activité. Ces travaux fondent notamment la campagne nationale “Ma Santé en Mouvement”, qui traduit ces résultats en recommandations concrètes.

Impact concret sur la journée de travail

Les effets ne sont pas uniquement théoriques. Ils sont directement perceptibles.

Fatigue

L’immobilité prolongée ralentit la circulation sanguine et l’oxygénation cérébrale. 71 % des actifs estiment que leur routine contribue à la sédentarité, et une majorité l’associe à une fatigue accrue (Well Pass/YouGov, 2026).

Concentration

Les interruptions de posture, même courtes, améliorent le maintien de la vigilance cognitive.

Énergie perçue

L’absence de variation posturale entraîne un aplatissement de l’énergie sur la journée.

Stress

Le mouvement participe à la régulation du cortisol. L’immobilité prolongée favorise l’accumulation de tension sans mécanisme de régulation physique.

Ce que ça change dans l’organisation du travail

Les leviers existent. Ils sont simples mais ils doivent être structurels.

Côté organisation :

  • Réunions de 25 ou 50 minutes plutôt que 30 ou 60

  • Éviter les visios enchaînées sans pause

  • Encourager les appels en marchant

  • Intégrer des pauses dans les agendas d’équipe

Côté individuel :

  • Se lever régulièrement (toutes les 30 à 60 minutes)

  • Utiliser les transitions comme moments de mouvement

  • Ne pas transformer toutes les pauses en temps écran 

Aucun budget, mais un impact réel.

Ce qu’il faut retenir

  • Le télétravail augmente le temps assis en supprimant les micro-mouvements naturels

  • L’activité physique ne compense pas une immobilité prolongée

  • Le NEAT joue un rôle clé dans l’énergie quotidienne

  • La fréquence des interruptions compte plus que leur durée

  • Les leviers sont organisationnels avant d’être individuels

Le problème n’est pas que vos équipes manquent de volonté. C’est que leur journée ne leur donne aucune raison de bouger.

Sources 

  • Avis de l’Anses Saisine n° 2025-SA-0031
  • Well Pass/YouGov, 2026 – Enquête santé au travail